« Pour une Algérie Républicaine Moderne et Sociale »
   
  PARTI pour la LAICITE et la DEMOCRATIE (P-L-D) ex MDSL
  SOAD BABA AISSA et la LAICITE
 
 
 
      Pourquoi la laïcité est indispensable dans la construction d’un Etat ?
L'avènement des religions a marqué profondément l'histoire des hommes et des peuples car elles se sont immiscées et impliquées dans les affaires politiques des cités et des nations. Dans certains pays, elles sont devenues obligatoires, ne relevant pas simplement du pouvoir divin du Roi mais d’un choix des dirigeants politiques de les rendre Religions d'Etat.
L’attachement des êtres humains (Hommes et Femmes) de croire en quelque chose, par besoin d’espoir, par peur de la souffrance, de la solitude et même de ce qu’il peut y avoir après la mort les amènent à croire à un seul Dieu ou même à plusieurs.
 
Ce qu’il est important de comprendre, c’est qu’il ne s’agit pas de condamner les individus qui ont des croyances religieuses. Il s’agit surtout de s’interroger sur la construction d’Etats laïcs afin que vivent en harmonie les croyants des différentes confessions religieuses et les non-croyants. Que le fait de ne pas appartenir à un groupe ou à communauté religieuse dominante ne fait pas de l’individu un paria. Les agnostiques et les non-croyants n’ont pas à souffrir du rejet de la société.
S’il est vrai que les hommes et les femmes ne deviennent pas laïques par un simple décret,  la laïcité recouvre deux aspects : c’est à la fois une morale et un système institutionnel. La construction d’un Etat laïque repose donc sur une véritable volonté politique et une volonté de paix civile.
 
I - Qu’est-ce que la laïcité ?
Pour construire un Etat laïque et mettre cet idéal en pratique, il est important de définir le concept de laïcité et de comprendre ce que recouvre le fait de se définir comme laïque.
La laïcité s’attache à la notion de liberté, de liberté de conscience. C’est la liberté de croire ou de ne pas croire en un Dieu, voire même de changer de religion au cours de sa vie. C’est la liberté de refuser de se prononcer sur sa ou ses croyances. C’est aussi la liberté d’être athée.
 
La laïcité vise essentiellement l’émancipation de l’individu par rapport à la communauté dont il est issu pour en faire un citoyen à part entière. La notion de citoyenneté prend toute sa mesure lorsqu’il existe une réelle égalité politique, économique et sociale entre les femmes et les hommes. Cette égalité ne peut être remise en cause au nom de la religion. Ainsi, la laïcité contribue à la mise en place de l’égalité des droits des individus dans l’intérêt général
 
La laïcité est la « conception politique impliquant la séparation de la société civile et de la société religieuse ». L’Etat n’exerce aucun pouvoir religieux et les Religions n’exercent aucun pouvoir politique.
 
  • Etre laïque c’est respecter la liberté de conscience absolue des hommes et des femmes, cela exclut toute contrainte religieuse ou idéologique. C’est le vivre ensemble, le respect des autres, la tolérance réciproque.
 
  • Etre laïque c’est assurer une égalité des droits des hommes et des femmes fondée sur la justice sociale. Cela implique qu’il n’existe pas des droits différents parce que l’Etat privilégierait une communauté d’individus en raison de la prédominance d’une croyance religieuse. C’est un élément essentiel de la démocratie.
 
  • Etre laïque c’est respecter les religions des uns et des autres dans leur démarche spirituelle. Que les hommes et les femmes puissent pratiquer leur religion dans le respect, la dignité et la paix.
 
  • Etre laïque c’est refuser que les Religions imposent leurs pouvoirs à toute la société. C’est refuser que les religions contrôlent la sphère publique au nom du respect de la Religion.
 
 

 
II – Etat des lieux : lslam – Religion de l’Etat et « son expression constitutionnelle »
 
Au cours du 19ème et 20ème siècle, nous avons vu l’émergence d’une sécularisation ou «laïcisation» des Etats, dans de nombreux pays, même avec des peuples ayant une forte croyance religieuse et une religion prédominante.
 
Dans le modèle laïque, les institutions religieuses sont séparées de l’Etat. Les Constitutions ne font plus référence à une quelconque Religion, tout en assurant à chacune la liberté d’exister, mais surtout ces constitutions garantissent la liberté de conscience des individus.
 
En ce début de 21ème siècle, il s’agit d’avoir une réflexion sur les principes des droits fondamentaux et leurs traductions constitutionnelles.
 
Pourquoi la Constitution de la République Démocratique et Populaire Algérienne a porté comme principe fondamental dans son article 2 - Islam, Religion de l’Etat ?
 
L’article 29 de cette même constitution stipule « que les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe, d’opinion ou de
toute autre condition ou circonstance personnelle ou sociale.
Sur ce point, il convient de rappeler que les citoyennes algériennes peuvent se prévaloir d’une discrimination en raison de leur sexe. L’article 2 de la Constitution algérienne est en contradiction avec l’article 29. Le Code de la famille en vigueur en Algérie est un tissu législatif tramé d’injustices, le principe d’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas respecté. Ce code  institutionnalise une sous-citoyenneté pour les femmes qui se manifeste par des discriminations pour conclure un mariage (tuteur matrimonial), pour demander le divorce (divorce unilatéral ayant valeur de répudiation), le non partage de l’autorité parentale, la reconnaissance de la polygamie, inégalité en matière d’héritage, etc…
C’est encore en raison de l’article 2 de sa constitution que l’Etat Algérien a émis des réserves, en évoquant que l’Islam est religion de l’Etat, lors de la signature de la Convention d’élimination des discriminations à l’égard des femmes (CEDAW).
L’Algérie met la religion et sa législation au dessus d’un traité international. Or, ce traité international réglemente la non-discrimination à l’égard des femmes sur la base du principe de l’égalité en droit des femmes et des hommes. Elle oblige les Etats signataires à éliminer de leur législation toutes les inégalités et à tout mettre en œuvre pour réaliser l’égalité pleine et entière dans tous les domaines de la vie publique et privée.
Toutes ces dispositions entérinent et renforcent des rapports sociaux inégalitaires entre les hommes et femmes et sont un frein à l’émancipation des femmes dans la société algérienne.
Il convient aussi de souligner que le citoyen algérien et la citoyenne algérienne peuvent se prévaloir d’une discrimination pour cause d’opinion. L’article 2 de la Constitution reconnaît l’Islam comme religion dominante et le définit précisément comme rattaché à l’Etat. A nouveau, cet article 2 est en contradiction avec l’article 29, il existe une discrimination pour cause d’opinion qui se manifeste par une liberté de conscience très réduite dans les faits – voire inexistante -  pour les citoyens et les citoyennes ayant une autre confession religieuse, ou non croyants. Nous avons constaté ces dernières années, les persécutions religieuses et les peines de prison dont certains citoyens et citoyennes ont pu être passibles.
 
Enfin, le citoyen ou la citoyenne subit une discrimination sociale puisque l’article 73 de la Constitution Algérienne prévoit que le candidat ou la candidate à la magistrature suprême (Présidence de la République) doit être de confession musulmane. Il s’avère explicitement qu’un citoyen ou une citoyenne algérienne d’une confession religieuse autre que musulmane ne peut présenter sa candidature à la Présidence de la République.  
 
 
Certains souriront et répliqueront que le débat politique et social dans le pays n’est pas encore à ce niveau et que les points évoqués précédemment restent des questions mineures.
 
III – Quelques réflexions de fond sur la laïcité institutionnelle
 
Fonder un Etat sur une croyance est, en soi, intolérable. Il devient encore plus intolérable dans un contexte politique et social confronté à la forte offensive de l’Islamisme politique. Les citoyens et les citoyennes doivent réfléchir à l’équilibre entre liberté religieuse (sphère de l’intime) et organisation de la sphère politique (sphère publique).
 
La question laïque doit être clairement posée au niveau politique et social.
 
Nous pouvons considérer qu’un Etat est laïque lorsque la Religion est effectivement séparée de l’Etat et qu’il n’existe aucune intervention de la religion dans le domaine législatif, politique et social. La laïcité est étroitement liée à la démocratie.
 
La laïcité institutionnelle pourrait se traduire par :
 
  • La garantie de la liberté de conscience et la protection des individus des discriminations ou des persécutions religieuses ou politiques. Chaque individu est considéré comme un citoyen et non comme un croyant.
 
  • Le respect du principe d’égalité entre les femmes et les hommes - les lois sont civiles et égalitaires et ne font aucunement référence aux « préceptes divins» (aucune référence religieuse), elles doivent protéger les citoyens et citoyennes de toute loi religieuse qui pourrait troubler l’ordre public et ce principe d’égalité ;
 
  • Un enseignement laïque et public, sans endoctrinement religieux, basé sur les principes scientifiques, la raison et l’esprit critique ;
 
  • La liberté de religion mais aucun financement de culte par l’Etat ;
 
  • Le respect du principe de neutralité de l’Etat.  Le Président de la République et les membres du gouvernement sont les représentants de tous les citoyens et ne peuvent faire référence à leur croyance religieuse dans l’exercice dans leurs fonctions. Ils sont les garants du respect du principe de laïcité de l’Etat ;
 
En séparant les structures religieuses de celles de l’Etat, en reconnaissant la liberté de conscience, la laïcité constitue un atout majeur pour l’émancipation des individus. La religion est une affaire privée.
 
IV - Pourquoi il est indispensable de construire un Etat laïque en Algérie.
Actuellement, en Algérie, les responsables politiques et les responsables religieux ne veulent pas faire de la laïcité une question nationale. Leur argument consiste à affirmer que l’Islam est incompatible avec la laïcité.
La question n’est pas de savoir si les Religions sont incompatibles ou compatibles avec la laïcité, c’est un faux débat. La citoyenneté et la construction d’un Etat démocratique implique la liberté de conscience. Les responsables politiques ont à faire à des individus libres, dotés de raison et armés d’un esprit critique et c’est à ce titre que la laïcité ne peut pas s’accommoder avec tout autre système politique qui ne permettrait pas de donner tout son sens à la citoyenneté et à l’égalité des droits.
C’est pourquoi, les responsables politiques (hommes et femmes), les militantEs ne doivent pas «pactiser» avec la pensée intégriste au nom du respect de la religion, de l’Islam qui permet à l’Islamisme politique d’influencer les processus de décision politique, économique et sociale.
 
 
Il faut combattre toute emprise de l’Islamisme politique sur les esprits et les institutions. Nous savons bien que la revendication d’une  laïcité constitutionnelle n’est pas facile à mettre en œuvre dans un pays où l’Islam est ancré dans les traditions et où l’Islamisme politique a investi, bien avant les années 1990, les domaines de l’éducation, de la santé et de la justice avec la complicité des dirigeants politiques au nom de l’arabisation (influence du mouvement baath) et de notre héritage arabo-islamique.
On a assisté à un retour en force de l’Islamisme politique qui a pris en charge la charité et l’ordre moral, plébiscité par des dirigeants politiques, qui avaient engendré des inégalités économiques, politiques et sociales pendant trois décennies (1962-1990). Le groupe politico-religieux des Islamistes a déployé son activisme en Algérie en utilisant les armes (assassinat des populations civiles, assassinat des intellectuels, assassinat, viols des femmes, fuite de l’élite intellectuelle, etc…) afin d’obtenir le pouvoir politique. Cette réalité de l’Islamisme politique a plongé le pays dans une véritable guerre civile dont les conséquences politiques et sociales sont, aujourd’hui, désastreuses (complicité et complaisance de l’Etat avec les intégristes renforçant l’islamisation des institutions, des esprits avec la propagation d’une doctrine religieuse qui fait de l’inégalité des sexes son fonds de commerce).
L’inscription de la laïcité en tant que système institutionnel, relève d’un travail d’évolution des mentalités et d’un combat au quotidien sur les préjugés quant à la définition trop souvent donnée au mot laïcité dans la société algérienne. Les Algériens et les Algériennes ne sont pas anti-laïques par essence tout comme les défenseurs de la laïcité ne sont ni des mécréants, ni des opposants à la religion. Les laïques algériens sont conscients du bien fondé des revendications d’une laïcité constitutionnelle qui abolit les discriminations entre les Citoyens et les Citoyennes.
L’inscription de la laïcité dans les principes du droit constitutionnel relève d’une véritable volonté politique. C’est une République qui respecte les principes fondamentaux de la démocratie et qui prend en compte les aspirations politiques et sociétales des Citoyens et des Citoyennes.
La Construction d’un Etat laïque, solidaire et égalitaire en Algérie nécessite la prise de conscience du lien essentiel entre le combat contre l’Islamisme politique et la défense de la laïcité. Elle est un acquis politique et social majeur pour la libre expression de la citoyenneté, le respect du principe d’égalité entre les femmes et les hommes et l’émancipation des Citoyens et des Citoyennes.
Aujourd’hui, l’authentique acte politique de l’Etat algérien aux pré-requis du respect  du principe d’égalité politique, économique et sociale entre les citoyens et les citoyennes serait l’abrogation de l’article 2 de la constitution – Islam, religion de l’Etat et l’abrogation  du code de la famille.
 
Soad BABA AISSA
Féministe laïque
Membre de l’Initiative Féministe Européenne (IFE)
12 décembre 2009
 
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