« Pour une Algérie Républicaine Moderne et Sociale »
   
  PARTI pour la LAICITE et la DEMOCRATIE (P-L-D) ex MDSL
  Abdelmadjid Merdaci dans El Watan du 14 janvier 2015.
 

Abdelmadjid Merdaci. Sociologue et historien

 

«La séquence historique est au démantèlement des Etats-nations»

Professeur d’histoire, sociologue, intellectuel engagé, Abdelmadjid Merdaci aborde dans ce bref entretien l’actualité chaotique et ses implications sur le monde arabo-musulman. Sans langue de bois ni faux-fuyant, l’intellectuel dit tout haut ce qu’il pense de Charlie et des poncifs de terrorisme et de barbarie collés aux musulmans. «Je ne crois pas avoir besoin d’en être un, dit-il, et il me suffit d’être ce que je suis (…), un intellectuel algérien qui a vu partir dans des conditions horribles nombre d’amis, de camarades, de compagnons de l’université, des médias, qui a vu son pays soumis à un embargo.» Merdaci rappelle des évidences : «L’islam n’a pas envahi la France et (…) les musulmans s’y sont installés le plus souvent à leur corps défendant.» «Ce n’est pas l’islam qu’il faut réformer, dixit le professeur, mais bien la société française. Les frères Kouachi sont d’abord les enfants perdus d’une impuissance française.»

 

- En historien appelé à juger (aussi) du présent, comment définiriez-vous le moment historique ? «Choc des civilisations» ou «civilisation contre la barbarie» (déclaration du secrétaire d’Etat américain, mercredi dernier) ?

Ce qui, me semble-t-il, définit la présente séquence, notamment par l’extension quotidienne de toutes les formes de violence, est le processus de démantèlement des Etats-nations arabes et cela me paraît correspondre aux soldes de tout compte du nationalisme arabe des années 1950-60 autour duquel s’ordonnait la résistance à l’hégémonie américaine et son bras armé israélien.

 

- Qu’est-ce qui est en jeu dans ce système capitaliste mondial ? Des enjeux impériaux et de superpuissance ? D’hégémonisme politique, géostratégique, économique ? De redéfinition de(s) carte(s) du monde ?

La puissance américaine a inventé le concept géopolitique d’«empire du mal» sous la présidence Reagan. Aussi à un stade particulièrement aigu d’une guerre froide qui investissait de nouveaux terrains de confrontation. L’Afghanistan fut l’un des terrains les plus décisifs, qui vit en particulier l’apparition d’un nouvel acteur stratégique, l’islamisme armé, formé, encadré et armé précisément par les Etats-Unis. Cela appelle à regarder d’un œil plus averti où se trouve la barbarie et ses gestionnaires.

 

- «Je suis Charlie» marquera-t-il la nouvelle frontière entre ce «monde musulman et exportateur net de terrorisme» et ce «monde civilisé» dont les leaders, aussi seigneurs de guerre (Netanyahu…) marchent à Paris, bras dessus bras dessous, dénonçant le terrorisme et la barbarie ?

Je ne crois pas avoir besoin d’être Charlie, il me suffit d’être ce que je suis, un intellectuel algérien qui a vu partir, dans des conditions horribles, nombre d’amis, de camarades, de compagnons d’université, de médias, qui a vu son pays soumis à un embargo, son Etat stigmatisé et ses élites sommées de se soumettre à un intégrisme assassin au nom d’une conception aujourd’hui bien discutée de la démocratie. Je fais partie d’une génération qui s’est nourrie de l’insolence de Wolinski et de la tendresse de Cabu et je ne pense, en ces moments, qu’aux familles des victimes, de toutes les victimes, même si on peut noter qu’une fois de plus, l’égalité devant la mort n’est pas assurée.

 

- Révision des accords Schengen, réinstauration des contrôles aux frontières…, les pays de l’UE annoncent des jours difficiles pour les communautés musulmanes dans le vieux continent. Stigmatisation à outrance, culpabilisation, attaques et agressions (contre les lieux de culte). A quoi ces communautés (l’algérienne surtout) établies en France devraient s’attendre ?

Il y aura encore inflation d’experts, de néo-théologiens qui sonderont le cœur et les reins de l’islam, convoqueront une partie de la société française à l’obligation du silence ou au devoir d’apostasie.

Ceux qui feignent d’ignorer que l’islam n’a pas envahi la France et que les musulmans qui s’y sont installés l’ont fait le plus souvent à leur corps défendant, parce que les guerres françaises, parce que la domination coloniale sur leurs terres. L’islam en France est l’autre dimension de l’aventure impériale française et il constitue l’un des registres de la réinvention d’un vivre-ensemble français.

Le problème n’est pas dans l’islam, toujours contraint en dépit de l’importance de la communauté des croyants. Il est dans l’incapacité de la société française, de ses dirigeants, de ses élites de faire droit effectivement à un modèle de développement en phase avec les principes dont se réclame la République. Ce n’est pas l’islam qu’il faut réformer, mais bien la société française. Les frères Kouachi sont d’abord les enfants perdus d’une impuissance française.

 

 
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