« Pour une Algérie Républicaine Moderne et Sociale »
   
  PARTI pour la LAICITE et la DEMOCRATIE (P-L-D) ex MDSL
  Interview dU PLD à El Watan du 18 juin 2018.
 

Moulay Chentouf. Coordinateur du bureau national du Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD)

EL WATAN du 18 juin 2018,
«Seule une transition républicaine confortée par l’ANP peut sauver le pays de l’éclatement»

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Entretien réalisé par Mokrane Aït Ouarabi

Moulay Chentouf

Coordinateur du Bureau National du PLD.

 

1-Que pensez-vous de la situation politique nationale, à moins d’une année de la présidentielle ?

Voyez-vous, le temps file inexorablement mais au lieu d’avancer, le pays est toujours enlisé dans la nasse de la crise. Sans capitaine, le vaisseau Algérie git au sol et tenir un conseil des ministres, banalité routinière et mécanique rôdée ailleurs, est ici une… gageure !

A la veille des échéances présidentielles, deux choses se détachent avec relief sur une toile de fond chaotique : L’extrême fébrilité du pouvoir, voire son désarroi. Une déclaration sur la toile d’une journaliste autour du cinquième mandat et un tweet de l’Ambassadeur de l’Union Européenne et c’est la panique dans le sérail du pouvoir et le clairon de « la main étrangère ».

L’autre fait saillant est l’apparition de formations politiques nouvelles qui semblent surgir de façon inopinée sur la scène politique mais qui, en réalité ont pour but de contrecarrer l’initiative que nous venons de soutenir avec d’autres forces démocratiques, de créer le Collectif de Coordination et de Liaison des Démocrates (CCLD). L’originalité de notre mouvement dérange parce que nous nous inscrivons dans une démarche novatrice qui exclut le recyclage du système, disqualifie l’islamisme politique et la classe politique actuelle.

A l’affût de la moindre velléité de protestation de la société, le pouvoir n’hésite pas à menacer ou carrément à jeter en prison journalistes, défenseurs des droits de l’Homme ou blogueurs dont Merzoug Touati arrêté pour « espionnage » mais en Algérie, « La main de l’étranger » a bon dos !!

Non seulement, le pouvoir a choisi de faire la guérilla à la liberté d’expression mais il se tait par rapport aux atteintes à la liberté de conscience.  Il est d’un mutisme sidéral face aux agressions perpétrées contre les femmes par des milices fanatisées. Voudrait-on revenir au temps où le FIS mobilisait des organisations paramilitaires pour contrôler la vie privée et les mœurs à l’aune du wahabbisme dans les quartiers et les cités universitaires ?

La récente saisie de cocaïne au port d’Oran, historique par l’ampleur de sa prise est symptomatique d’une corruption tentaculaire qui questionne de façon sérieuse les liens qu’entretient le narcotrafic avec les bandes maffieuses et les réseaux de financement du terrorisme islamiste. D’aucuns s’interrogent sur les visées réelles d’une telle opération.

Au plan socio-économique, le pays occupe encore dans le monde le bas des tableaux de performance et le train du développement semble l’avoir abandonné une fois pour toute sur le bas-côté. Aucun changement digne de ce nom n’a l’air de vouloir s’y amorcer. Les jacqueries sont loin d’y être un phénomène marginal. En effet, les éruptions de colère émaillent de tout le territoire. Les grèves sont nombreuses mais pour les briser, la carotte est souvent à la manœuvre pour appâter les travailleurs. Le bâton peut aussi s’abattre sur les grévistes mais si ces derniers résistent, l’arme du pourrissement est aussitôt brandie pour tuer à petit feu le mouvement. C’est le cas des médecins-résidents lesquels ont été sauvagement réprimés et dont le mouvement de grève dure déjà depuis plus de six mois !!

Le climat délétère induit par cette effervescence sociale est aggravé par une situation internationale particulièrement explosive dans la région. Ce qui peut conduire à l’irréparable car la lave incandescente de la grogne générale risque de tout emporter sur son passage et d’ouvrir la voie à une instabilité incontrôlable.

2- Le FLN appelle le président Bouteflika à continuer à la tête de l’Etat. Cet appel n’est pas appuyé par les autres partis de la majorité présidentielle (RND, MPA et TAJ). Un 5e mandat est-il une option sérieuse pour le pouvoir dans le contexte de crise actuel ?

La question n’est pas de savoir si le 5ème mandat est une option sérieuse ou pas. Dans tous les cas, une chose est sûre : la façon dont ce système a fait sauter le verrou numérique des mandats présidentiels, donne une idée précise de la nature des méthodes qu’il peut préconiser pour arriver à ses fins. Mais des questions brûlantes demeurent : Qui paiera les conséquences de cette politique suicidaire ? Comment va réagir le peuple ? Dans un contexte international toxique, pourra t-il préserver sa cohésion ? Que va-t-il advenir de l’unité du pays ? Le 5ème mandat est un expédient qui ne fait que retarder la chute du système et vu l’état de santé du Président, le jour J+1 du 5ème mandat n’échappera pas à l’éventualité d’une élection anticipée. Le système a mis le pays dans un cercle vicieux !

Vous savez, il me semble que vous utilisez une terminologie qui renvoie à des contenus qui ne correspondent pas à la réalité. Les sigles FLN, RND, MPA ou TAJ sont trompeurs. On a tendance à les voir comme des partis mais en fait, ils ne le sont pas. Ce sont en réalité des machines administratives coupées de la société. Quant aux factions du RND, du MPA ou du TAJ, chacune d’elle attend le feu vert de son maître respectif.

3- Du côté de l’opposition démocratique, on assiste à une multiplication d’initiatives. Votre parti, à juste titre, est dans l’initiative du Collectif de Coordination et de liaison des démocrates. Que signifient toutes ces initiatives?

En effet, plusieurs initiatives politiques sont à l’œuvre.  Ce bouillonnement politique apporte d’abord la preuve concrète qu’il y a une crise réelle dans le pays, mais l’initiative la plus pertinente sera celle qui aura eu le mérite de parachever le processus entamé au lendemain de l’arrêt des « élections » de janvier 92. Ne restons pas au milieu du gué car l’heure n’est ni aux atermoiements, ni aux tergiversations. L’heure est aux décisions courageuses. La question centrale est celle du choix du projet de société : Voulons nous clouer le pays au 14ème siècle ou bien lui ouvrir l’horizon du 21ème ?

Notre parti souscrit totalement à la dynamique de cette nouvelle initiative. Nous y travaillons depuis longtemps. Les choses évoluent progressivement. De nouvelles volontés sont apparues. Notre ambition est de contribuer au renforcement du Collectif de Coordination et de Liaison des Démocrates (CCLD pour en faire un espace de débats, un lieu de réflexion et d’action pour briser les murs de la méfiance et jeter les ponts de l’échange.

L’expérience que nous avons cumulée au sein du PLD valide les thèses de feu Hachemi Cherif. En effet, la stratégie de la double rupture focalise les luttes contre l’islamisme politique d’une part et le système rentier et maffieux d’autre part. Sans la volonté inflexible de conduire en synergie ces deux combats, soustraire le pays à la menace théocratique et l’arracher à la chape de plomb du système actuel ne seront que chimères et vaines illusions.

Aujourd’hui, nous pouvons aller plus loin en mettant en avant la notion de triple rupture pour consacrer par ailleurs la faillite et l’obsolescence de la classe politique.

Evidemment, la laïcité, principe fondamental et pré-requis de toutes les libertés est au cœur des luttes que nous avons à mener aux cotés de nombreux intellectuels. En effet, sans la séparation du politique et du religieux, il est impossible de construire une société citoyenne, pleinement consciente de ses droits et de ses devoirs et dont nous avons tant besoin pour édifier les institutions modernes de la République. C’est le pari que nous faisons pour asseoir et élargir l’adhésion au CCLD.

4- Vous avez déclaré récemment que l’objectif de votre parti n’était pas de faire partir Bouteflika, mais de dégager à jamais le système, l’islamisme et la classe politique toutes tendances confondues. Comment ?

Aussi catastrophique que soit l’état de santé du Président, aussi calamiteuse que soit sa gouvernance, l’impasse dans laquelle se trouve l’Algérie n’est pas due à la figure politique d’un homme. Bouteflika en porte une lourde responsabilité mais à lui seul, il n’épuise pas la crise dans laquelle s’est embourbé le pays.

Imaginons un seul instant que l’Algérie se dote par miracle d’un nouveau président dont les qualités seraient indiscutables ! Croyez-vous qu’à la faveur de ce seul changement, cette permutation de rôles suffise à garantir le décollage du pays ? Les racines de la maladie du pays sont beaucoup plus profondes, ce sont celles d’un système qui a confisqué dès sa naissance la parole au peuple et usurpé la devise qu’il  porte officiellement sur son fronton : « Par le peuple et pour le peuple ». Le pays a besoin d’institutions fortes, démocratiquement élues et normées aux valeurs de la rationalité et de la compétence. Comme le disait le regretté Hachemi Cherif : « Ce n’est pas la question du pouvoir qui est fondamentalement ni principalement en jeu, mais la question de l’Etat, de son contenu et sa forme ».

Par ailleurs, la situation internationale a empiré. Des Etats-nations tels la Somalie, le Soudan, la Libye, l’Irak ou la Syrie par exemple sont dans un état de ruines, voire ont disparu. La situation sécuritaire s’est considérablement dégradée au sahel et l’Algérie est plus que jamais sous la menace d’AQMI et de l’Etat Islamique. Elle est aussi travaillée par des forces centrifuges dangereuses, notamment le MAK dont le seul but est de saborder l’unité du pays. La dernière saillie de Ferhat M’Henni, appelant depuis Londres à la formation de milices armées est très préoccupante. Ce tournant gravissime rappelle étrangement les prêches belliqueux du FIS des années 90 qui, en fin de compte ont débouché sur un mouvement insurrectionnel puis déclenché la guerre que ses escadrons de la mort ont livrée au peuple pendant des décennies. Evidemment, ces postures irresponsables ont suscité colère et indignation dans tout le pays. Mais en même temps, de telles attitudes sont un appel d’air à l’exacerbation des tensions dans le pays et à tous ceux qui ont intérêt à souffler sur les braises des divisions entre Arabes et Kabyles. Ce langage outrancier constitue aussi une aubaine inestimable à un pouvoir qui pendant longtemps a mutilé l’histoire du pays, rétréci sa richesse culturelle et combattu sa dimension berbère.  L’Algérie ne prendra son essor que le jour où elle donnera vie à toutes ses composantes culturelles, assurera la promotion de son patrimoine et se réconciliera avec son passé millénaire.

Aucun pas, aussi petit soit-il ne peut être fait avec un système qui fraye dans les eaux fangeuses de l’islamisme politique et a abdiqué devant l’oligarchie financière et les pressions de l’Occident. Ce système sème le désespoir et enterre l’avenir du pays. C’est pourquoi, il devient impérieux aujourd’hui d’inscrire l’Algérie dans une démarche collective capable de fédérer et de mettre en mouvement patriotes, républicains et démocrates. C’est l’objectif principal du Collectif de Coordination et de Liaison des Démocrates (CCLD).

Dans un tel contexte, seule une transition républicaine décrétée par le Président Bouteflika et confortée par l’ANP et ce, pour couper l’herbe sous les pieds de tous ceux qui crieront au coup d’état, est à même de sauver le pays du syndrome de l’éclatement. Cette transition donnera toutes ses chances aux patriotes de ce pays pour se constituer en force nouvelle, conduire l’Algérie vers la sortie de crise et ouvrir la voie à l’édification de l’Etat de droit dans le respect des libertés, de l’égalité, des cultures et du patrimoine millénaire du pays.

5- Vous présidez un parti, mais vous appelez à la dissolution de toutes les formations politiques. Pourquoi ?

Nous appelons non seulement à la dissolution de tous les partis mais aussi de toutes les instances prétendument « élues » comme le Sénat, l’APN, les APW, les APC, les syndicats et les associations « maison » comme l’UGTA, l’UNFA, l’UNPA, l’UNEA, etc, etc,…

En effet, Il pourrait apparaître illogique d’appeler à la liquidation des partis alors que nous-mêmes, nous nous sommes constitués en structure partisane. Mais ce paradoxe n’est qu’apparent. L’obsolescence effectivement touche tous les partis, y compris le PLD mais la nature de cette obsolescence n’est pas la même, qu’il s’agisse du PLD ou des autres partis. Ces derniers sont désuets par leurs programmes, leurs stratégies et leurs tactiques et ne peuvent donc pas répondre aux exigences de l’étape. Ils sont, par opportunisme dans l’allégeance au système et trahison suprême, ils ont tous fait de l’islamisme un partenaire politique fréquentable.  Tandis que le PLD, tout en n’ayant pas à refonder sa ligne politique, aura à se reconfigurer lui aussi avec l’ambition de s’unir à toutes les forces progressistes et modernistes.

Le chemin de cette construction politique est fatalement difficile et long parce que beaucoup de démocrates sont encore dans une doxa que nous ne partageons pas. Ils mangent de la main et dans la main du pouvoir. Ils sont aujourd’hui la caution d’un système moribond et dans l’illusion que le harcèlement thérapeutique peut le …ressusciter !  L’expression populaire, « ils sont entrain de pousser un âne mort » résume parfaitement la situation. Les partis démocrates sans exception, nourrissent la chimère qu’il est possible de reformer le système de l’intérieur et de faire du neuf à partir du vieux. Vaine tentative !

L’Algérie a besoin de changer de paradigme et de cesser de vivre dans le tropisme du passé. Nous sommes dans la nécessité de ruptures pour placer le pays dans l’orbite de la modernité en vue de permettre au peuple de vivre en harmonie avec son siècle et de faire de la pluralité culturelle et du principe de l’égalité entre les femmes et les hommes l’emblème du projet de société.

6- Comment situez-vous les forces progressistes en Algérie et ce qui les différencie des autres courants politiques ?

Bien évidemment, nous ne partageons rien de commun avec les islamistes : nous ne sommes ni de la même extraction, ni de la même filiation. Rien ne nous lie à ce courant mortifère. Un torrent de sang nous en sépare !

Ce qui me préoccupe beaucoup plus aujourd’hui, ce sont les forces démocratiques et républicaines de façon générale, leur émiettement et leur dispersion dans le paysage politique. J’appartiens à cette famille politique. C’est la raison pour laquelle je m’adresse à elle car il y va de l’intérêt suprême du pays.

                A cause de notre atomisation, nous renvoyons à la société l’image d’un archipel éclaté. L’urgence donc, est de susciter en nous un mouvement de convergence pour retrouver la terre ferme de l’union. C’est précisément cette dynamique unitaire qu’appelle de ses vœux le Collectif de Coordination et de Liaison des Démocrates  (CCLD). Retrouvons-nous d’abord entre nous dans la richesse de notre diversité, loin de nos ennemis, pour échanger, affuter nos arguments et aller ensemble aux batailles que nous livrent les islamo-conservateurs.

7- Etes-vous pour une assemblée constituante, comme le réclame actuellement le PT ou la construction d'un consensus national comme le demande le FFS et certaines autres  partis?

Pour nous, l’opportunité d’une assemblée constituante ne pourrait s’envisager qu’au lendemain d’une transition nationale qui a déjà balisé le chemin vers un consensus dont le socle est l’Etat de droit aux couleurs d’une République, moderne démocratique, sociale et pourquoi pas laïque pour mettre à l’abri la religion musulmane des charlatans qui n’ont qu’un objectif : « la Oumma-Islamya ».

Je profite de l’occasion que vous me donnez à travers cette interview, pour vous rappeler les principales propositions de sortie de crise du PLD :

1-      Transition nationale décrétée par le président de la république avec toutes les forces vives du Pays, le plus tôt-possible,

2-      L’ANP doit être garante du caractère pacifique et démocratique de cette transition,

3-      Nomination d'un gouvernement de combat républicain pour gérer la transition,

4-      Arrêt du processus actuel avec la dissolution de toutes les institutions "élues" ou désignées (Sénat, APN, APW, APC), ainsi que tous  les syndicats et associations « maison » (UGTA, UNPA, UNEA, UNFA, …),

5-      Adoption d'un projet de loi pour une nouvelle constitution afin d’aboutir à un projet de société pour que l'Algérie devienne  une RÉPUBLIQUE, DÉMOCRATIQUE, MODERNE, SOCIALE et LAÏQUE,

6-      Adoption d'un projet de loi sur les partis politiques et leur financement, pour le renouvellement de la classe politique,

7-      Organiser les premières élections libres et démocratiques (législatives, communales, et présidentielles).

 
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