« Pour une Algérie Républicaine Moderne et Sociale »
   
  PARTI pour la LAICITE et la DEMOCRATIE (P-L-D) ex MDSL
  Communication de Soad Baba Aissa le 6 mars 2010 aux journées sur la Laïcité dans le siège du PLD
 

 

SANS LAÏCITE PAS D’EGALITE
8 mars 2010 - 100ème journée internationale des droits des femmes
La légende veut que l’origine du 8 mars remonte à une manifestation d’ouvrières américaines du textile en 1857. En réalité, cet événement n’a jamais eu lieu., il s’agissait sûrement d'un clin d’œil des féministes américaines qui, dans les années 1950, veulent à la fois intégrer cette journée dans le contexte américain et rendre un hommage à Clara Zetkin, 1857 étant son année de naissance. L’origine de cette journée s’ancre bel et bien dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les hommes et les femmes, qui agitèrent l’Europe, au début du XXe siècle.
Elle a été officialisée par les Nations unies en 1977, invitant chaque pays de la planète à célébrer une journée pour les droits des femmes.
C’est une journée de manifestations à travers le monde : elle est l’occasion de revendiquer l'égalité, de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société. Traditionnellement les groupes et associations de femmes militantes préparent des manifestations partout dans le monde, pour faire aboutir leurs revendications, améliorer la condition des femmes, fêter les victoires et les avancées.
Qui était Clara Zetkin ?
Clara Zetkin née Clara Eissner le 5 juillet 1857 à Wiederau, en Saxe et décédée à Arkhangelskoïe, près de Moscou, le 20 juin 1933, est fille d’instituteur, elle se destine elle-même à l’enseignement. Journaliste et femme politique marxiste allemande, elle est une figure historique du féminisme.
Après avoir été membre, jusqu'en 1917 du SPD (parti social démocrate allemand), elle rejoint le USPD (parti social démocrate indépendant allemand) pour s'y retrouver dans l'aile gauche que constitue la ligue spartakiste. Ce courant donne naissance au KPD (Parti Communiste d’Allemagne), dont Clara Zetkin sera députée au Reichstag durant la République de Weimar (sous Bismarck), de 1920 à 1933.
Dès le milieu des années 1870, elle fréquente les mouvements féministes, participant aux discussions des Allgemeinen Deutschen Frauenvereins (Association générale des femmes allemandes) et commence à adhérer à la mouvance socialiste.
En 1878, elle rompt avec sa famille politique et adhère au SAP, ancêtre du SPD, parti interdit par le chancelier impérial  Bismarck la même année. Elle s'exile alors à Zurich où elle rencontre le révolutionnaire russe Ossip Zetkin, puis à Paris en 1882. Bien qu'ils ne soient pas mariés, elle prend le nom de son compagnon dont elle aura deux enfants. Ossip Zetkin décède en 1889. Clara se marie en 1899 avec le peintre Friedrich Zundel, avec lequel elle restera jusqu'en 1928, tout en conservant le nom de Zetkin.
À Paris, elle participe activement à la fondation de la Deuxième Internationale où elle réclame l'égalité complète des droits professionnels et sociaux de la femme ainsi que sa participation active à la lutte des classes.
« Il en est de la libération des femmes comme de l’indépendance nationale : elle s’arrache. Les colonisés, les prolétaires qui se sont libérés ces dernières décennies, ne doivent qu’à eux-mêmes leur salut ; c’est grâce à leurs luttes que les femmes, ailleurs, ont conquis la plupart de leurs droits. »
Ce propos n’a pas pris une ride, il reste d’actualité et n’a pas été écrit par Clara ZETKIN mais par Fadéla M’RABET en conclusion de son livre « La Femme algérienne » en 1965.
Pour commémorer cette 100ème Journée internationale des droits des femmes, je souhaitais rendre hommage aux Algériennes à travers une féministe algérienne.
Pourquoi les Algériennes ne cessent de revendiquer un statut personnel égalitaire et laïque ? Pourquoi la laïcité est un rempart pour les femmes dans leur combat pour l’égalité ?
Les Algériennes n’ont eu nullement besoin de « tuteur » pour participer massivement à la libération du pays: dans les maquis, dans les réseaux des villes, ou même simplement en remplaçant dans le foyer l’homme disparu. Dès l’indépendance, Djamila Amrane note dans «les femmes dans la guerre d’Algérie » : «il semble que la hiérarchie sociale, estompée pendant les années de guerre pour les combattantes qui vivaient et luttaient dans les mêmes conditions que les hommes, après l’indépendance, se soit rétablie instantanément, remettant chacune à sa case départ 
C’est pour cette raison que les Algériennes mènent dès l’indépendance une bataille pour un code de la famille moderne et laïque. Le FLN va leur offrir un statut personnel qui prône l’inégalité et l’infériorisation des femmes. L’existence de ce code de l’Infamie va être concomitant avec la montée de l’Islamisme.
Pourtant le FLN s’engageait, dans le congrès de La Soummam en 1956, pour un pays laïc, démocratique et social, et,  dans la charte de Tripoli en 1960, à «supprimer tous les freins à l’évolution de la femme et à son épanouissement».
Pour aborder la thématique sans laïcité pas d’égalité, je ne peux l’aborder sans aborder la question de la Construction de l’Etat algérien, république socialiste populaire – pour le Peuple et par le Peuple. L’Algérie dès sa première Constitution entrera dans le socialisme spécifique – Islam – religion d’Etat (1ère constitution 1963). Cette république sociale s’attache aux principes musulmans pour aboutir, sans le déclarer officiellement, en flagrante contradiction et dans la discrimination à l’égard de la moitié de sa population. En consacrant en 1984, un code de la famille assurant la suprématie du religieux sur les lois civiles, cet Etat ne s’est pas adapté à son temps – le XXème siècle.
 
Tout en n’étant pas un Etat théocratique, l’Etat algérien est « schizophrène ». En matière civile et pénale, le droit musulman ne s’applique pas, il s’adapte au temps et à la société – le XXème siècle (exemple : un voleur n’a pas la main coupée, il est condamné devant une justice civile en concordance avec des lois issues de la sphère publique). Or, en matière de droit de la famille, le juge des affaires familiales se mue en « Kadi » et la suprématie du religieux prend le pas sur les lois civiles égalitaires. Le législateur algérien se nourrit de l’idée de la sacralité du droit musulman et de son caractère immuable comme obstacle à l’égalité.
Cette tolérance sociale est INTOLERABLE ! Dès lors qu’il s’agit des droits des femmes, l’Etat consacre le modèle traditionnel de la famille patriarcale au nom de la tradition juridique et du droit musulman. Des millions d’Algériennes sont aujourd’hui confinées dans un statut de sous-citoyennes. Sous le prétexte fallacieux de conformité au droit divin, le législateur consacre la polygamie, la répudiation, la tutelle matrimoniale, la discrimination successorale. Les Algériennes sont plus que discriminées, elles sont SPOLIEES DANS LEUR CITOYENNETE !
Sans laïcité, pas d’égalité.
La laïcité est un préalable dans une société démocratique. Elle est un acquis politique et social majeur pour la libre expression de la citoyenneté, du principe d’égalité entre les femmes et les hommes et l’émancipation des citoyens et des citoyennes.
C’est pour cette raison que la laïcité est un rempart pour les droits des femmes. Elle vise essentiellement l’émancipation de l’individu par rapport à la communauté dont il est issu pour en faire un citoyen à part entière. La notion de citoyenneté prend toute sa mesure lorsqu’il existe une réelle égalité politique, économique et sociale entre les femmes et les hommes. Cette égalité ne peut être remise en cause au nom de la religion. Ainsi, la laïcité contribue à la mise en place de l’égalité des droits des individus dans l’intérêt général.
 
La laïcité est la « conception politique  impliquant la séparation de la société civile et de la société religieuse ».
 
La genèse relative à l’histoire du statut personnel appelé Code de la familledémontre la volonté du pouvoir algérien de ne pas s’inscrire dans cette conception politique de la laïcité. 
 
Son premier compromis avec les Islamistes est la non séparation de la sphère religieuse et la sphère politique en matière de droit de la famille et surtout des droits des femmes en consacrant un statut inégalitaire entre les hommes et les femmes.
 
1959, Ordonnance Sid-Kara (du nom de son auteur Nfissa Sid Kara) d’exclusion de la procédure traditionnelle du mariage et d’introduction du divorce judiciaire.
 
Dès 1964, le ton va être donné par le ministre de la justice de l’époque avec l’existence d’un avant–projet de code de la famille autour duquel vont s’opposer les partisans d’une égalité entre femmes et hommes et les conservateurs voulant s’inspirer du droit musulman. « les commissions qui étudient le code de la famille déclare t-il, ne sauraient perdre de vue que l’Islam est religion d’Etat ! » On trouvait déjà dans cet avant projet, l’interdiction à la femme de travailler sans l’autorisation de l’époux c'est-à-dire la notion de «tuteur» Les divergences sont telles que le projet est enterré.
8 Mars 1965,  Déclarée journée officielle de La Femme : Cette journée est rarement citée dans l’histoire des revendications des Femmes algériennes. Elles avaient jugé que trois années sont passées sans que des lois égalitaires ne soient élaborées, elles descendirent dans les rues. Un cortège impressionnant traversa tout Alger (du champ de  manœuvre à Bab El Oued), il paraît que Ben Bella fit une série de  promesses au meeting qui se tenait au Cinéma Majestic.
Juin 1965 coup d’état militaire - BOUMEDIENE prend le pouvoir, des militants progressistes et communistes opposés au coup d ’Etat  sont arrêtés. 
8 Mars 1966, le Président Boumediene déclare : « le code qui est  appelé à paraître est celui de la préservation du droit de la femme et du droit de la famille algérienne ». Un avant-projet semble avoir été élaboré par la commission mise sur pied au ministère de la justice, mais sa référence à la sharia ne correspond nullement aux orientations du ministre, non plus qu’à celle du président Boumediene. Il n’est pas retenu et le ministère en dément même l’existence. Le texte circule néanmoins sous le manteau puisqu’il est publié en 1967 par Fadela M’RABET, dans un ouvrage intitulé «les Algériennes »  qui fait  grand bruit et mobilise l’opinion publique.
Le travail se poursuit d’une manière souterraine, interrompu de temps à autre par des bribes de discours officiels !
Par exemple  en 1968, le ministre de la justice évoque le code, un colloque se tient : il est troublé par une présence islamiste déjà tapageuse et musclée !
En 1969 l’organe officiel du FLN, El-Moudjahid, annonce la mise en place d’une commission  chargée de remettre un avant-projet avant le 31 Janvier 1970, mais le silence retombe pour être de nouveau interrompu en 1973 grâce à la forte opposition des juristes, des anciennes moudjahidates,  des étudiantes et de l’UNFA. Bien que celle-ci chapeautée par le FLN, les militantes de base faisaient un énorme travail.
En 1975 – Abrogation de la législation antérieure au 1er juillet 1975 – Le statut familial est dès lors régi par l’article 1er du Code civil (1975) : « En l’absence d’une disposition légale, le juge se prononce selon les principes du droit musulman ».
En 1979, un projet de code «confidentiel» circule. Des militantes de l’UGTA, de l’UNEA et de l’UNFA se mobilisent : une assemblée générale de 200 femmes transmet une motion au Secrétaire Général de l’UGTA et au Conseil National de l’UNFA demandant à connaître la composition de la commission chargée de l’élaboration du code et réclamant une participation aux travaux.
Début 1980, une directive ministérielle interdisait la sortie du territoire nationale sans autorisation  d’un tuteur mâle.
8 Mars 1980, un mouvement déclenché par les étudiantes permit l’annulation de la directive.
En 1981 un autre avant-projet tout aussi confidentiel est  «subtilisé» et divulgué grâce aux militantes féministes, aux anciennes moudjahidates, aux collectifs d’avocats, et une forte mobilisation s’en suit. Pendant plusieurs mois manifestations et débats font retirer le projet
Une manifestation contre les autorisations de sortie permet aux femmes d’obtenir gain de cause.
Juin 1984,  Promulgation du Code de la famille. Il consacre la polygamie, l’institution d’un tuteur matrimonial, le devoir d’obéissance, la répudiation, la prééminence de l’époux en tant que chef de famille. Il institutionnalise l’inégalité et l’infériorisation de la moitié de la population algérienne. Pour les islamistes, ce code est une importante victoire.
Chaque 8 mars sera marquée par les manifestations des féministes et des femmes pour demander l’abrogation du Code de la famille. Si le FLN fait la sourde oreille, je ne dirai pas qu’il est aveugle… Dès son accession au pouvoir, le Président Chadli utilisera les Islamistes contre les femmes, contre les progressistes et contre le mouvement berbère à tendance laïque qui se manifeste en 1980.
Je rappellerai au passage que les forces fondamentalistes existaient pendant la guerre de Libération. (Exemple ; les maquisardes réfugiées en Tunisie ont dû faire la grève de la faim pour obtenir le droit de sortir libre et de faire des études). Après la guerre de libération, ces forces fondamentalistes seront utilisées tout d’abord contre les contestataires de gauche, évidemment contre les communistes ; même si le Président Boumediene refusait un Islam fanatique et avait réussi à «les contenir ».
Les évènements de 1988, nous en apporteront la preuve car en 1989 les Islamistes vont profiter de l’ouverture démocratique pour fonder un parti le FIS, que le président Chadli autorise en contradiction avec la Constitution qui interdit les partis ayant une base religieuse.
L’objectif déclaré du FIS était de faire de l’Algérie un état islamique par les élections ou par la violence, ce qu’exprimait sa devise la plus connue « pour lui [l’Etat islamique] nous mourons, et pour lui nous vivrons, l’Etat islamique doit répandre la foi à l’intérieur comme à l’extérieur du pays que ce soit  par la persuasion ou la terreur ».
Les femmes vont être plus que jamais la cible des islamistes : c’est le MAL. Parallèlement, nous assistons à la création de nombreuses associations de Femmes
8 mars 1989, manifestation organisée devant l’APN contre le code de la Famille.
En 1989  une pétition  signée par 197 personnes demande à une municipalité tenue par le FIS que trois femmes, dont le mode de vie était considéré inapproprié, quittent le quartier. Malgré les menaces, ces «indésirables» ne bougeaient pas. Un groupe d’hommes a alors décide de purifier le quartier par le feu ! La nuit du 22 juin 1989, ils ont incendié la maison d’OUM ALI, une femme divorcée sans emploi, accusée de prostitution, son enfant de 3 ans handicapé a péri dans l’incendie. Treize hommes sont arrêtés, les Islamistes  manifestent en leur faveur ! Non seulement ils n’ont pas nié leur crime, mais ils l’ont trouvé justifié !
En 1990, pendant la période ou le FIS  contrôlait un nombre important de municipalités, les discours contre les femmes sont édifiants et l’objet de prêches de bien des imams.
Voici  deux discours parmi les moins violents: « Les femmes doivent rester à la maison et laisser les emplois aux jeunes au chômage» ou encore «les manifestations des femmes contre la violence et l’intolérance sont les plus grands dangers qui menacent le destin de l’Algérie ».
De telles déclarations confortent  les militantes féministes dans leur lutte.  Dans les municipalités que les Islamistes contrôlaient, un programme bien défini s’appliquait : ségrégation sexuelle dans les écoles et dans les bus, exclusion des filles dans le domaine sportif (en 1989, une athlète de judo a été agressée pour non respect du diktat), obligation du port du voile, pratiques religieuses forcées…
8 mars 1990, Manifestation contre le code de la famille
1991,  un arrêt du Conseil Constitutionnel annule l’article permettant au conjoint de voter à la place de la femme.
Janvier 1992,  le 2ème tour des élections législatives est annulé.  Le djihad armé est proclamé comme étant la forme de lutte  la plus noble et la plus élevée ! Une guerre fut alors menée contre l’Etat, contre les civils et les femmes en particulier. Pendant cette décennie noire, nous assistons à une véritable stratégie de la terreur contre la population: assassinats ciblés, listes de personnes à éliminer affichées dans les mosquées, enlèvements, viols (en mars 1994 deux jeunes femmes furent abattues devant un arrêt de bus parce qu’elles ne portaient pas de voile, pour le même motif  Katia BENGANA fut abattue en Février 1994)
22 mars 1993 et 22 mars 1994 : Grandes marches à l’initiative des femmes et des partis démocratiques engagées dans la lutte contre les Islamistes à Alger et dans les plus grandes villes d’Algérie.
En 1995, Nabila DJAHNINE, jeune architecte de 30ans,  féministe très impliquée dans le combat démocratique, est assassinée. D’autres féministes voient leur nom affiché dans les mosquées et sont condamnées à mort.
Dans les villages hommes femmes et enfants sont  massacrés, les jeunes filles sont d’abord violées, mutilées, puis tuées. Malgré ce climat de violence, la population résiste.
En 1995, des associations féministes des trois pays du Maghreb se regroupent dans un collectif : LE COLLECTIF 95 MAGHREB EGALITE. Il sort une publication de 100 mesures pour une codification égalitaire du statut personnel et du droit de la famille.
1996,  Ratification « avec réserves » de la Convention sur l’Elimination de Toutes les Formes de Discriminations à l’Egard des Femmes (CEDAW) par l’Algérie. Les Associations féministes algériennes réclament la levée des réserves par une  lettre ouverte au Président de la République demandant  la ratification « sans réserves ».
En 1999, un meeting des associations féminines se tient à la salle IBN KHALDOUN à ALGER, elles scandent les slogans : NON à la HOGRA (injustice)  NON AU CODE DE LA FAMILLE, NON à L’INTEGRISME.
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Les femmes  résistent quotidiennement. Elles continuent à sortir, à travailler et aussi à militer.
En 2003, Constitution de l’association « 20 ans Barakat » (20 ans ça suffit !) qui s’est donné pour but de lancer, en coordination avec les associations de femmes en Algérie, une campagne médiatique destinée à organiser un vaste mouvement de mobilisation, de sensibilisation et d’information pour demander l’abrogation du Code de la famille.
Mai 2005 pour la première fois, grâce à une mobilisation incessante, depuis sa promulgation en 1984, des amendements sont apportés au Code de la famille. Cependant, il consacre toujours l’institution du tuteur matrimonial, le divorce unilatéral (répudiation), la polygamie, l’inégalité dans l’héritage entre la fille et le garçon (inégalité successorale), pas de mariage entre une musulmane et un non-musulman, etc.…
A cette même date, le législateur modifie le Code de la Nationalité : la mère peut transmettre sa nationalité algérienne à son enfant et à son  mari sous certaines conditions.
En travaillant sur cette genèse, je voyage à travers les années 1980, avant la décennie noire. Si les souvenirs reviennent, des questions surgissent à nouveau.
Pourquoi la société civile – et à travers elle – les partis progressistes –a relayé au second plan, la lutte des droits des femmes et ne l’a pas posé comme une question primordiale ? Quelle peur avait les citoyens algériens face à la question laïque ?
Les anciennes moudjahidates, les mouvements féministes et les citoyennes ont alimenté le débat et sont restées vigilantes face aux dérives du pouvoir en place. Leur lutte contre un Code de la famille discriminatoire, contre les Islamistes en en est la preuve.
Je ne peux m’empêcher de penser à Fadéla M’RABET, l’une des pionnières du mouvement féministe algérien. En France, je l’ai rencontré pour la première fois, au cours d’une émission de radio. A la fin de cette émission, elle me raconte son parcours, sa douleur mais surtout son combat : « En Algérie, ma génération s’est battue pour la dignité. A travers une émission de radio, j’ai tenté de donner la parole aux jeunes filles qui vivaient dans des conditions lamentables. Elles étaient soumises au mariage forcé. Leurs parents n’avaient jamais imaginé que leurs filles allaient mettre fin à leur vie. (...) Ceci a vraiment gêné le gouvernement de l’époque à tel point qu’on bloquait le courrier qui m’était adressé. « On disait que j’incitais à la débauche, alors que je soutenais qu’on doit se libérer par la culture, par le travail, par l’instruction. »
J’ai même été convoquée par le ministre de l’Information de l’époque et il m’avait dit que j’étais trop impatiente et qu’il était prêt à sacrifier les femmes pour sauver la révolution »
Savez-vous ce qu’elle me dit et qu’elle a écrit avec tout ce que cela comporte de tragique et de réflexion : « Ils ont sacrifié et les Femmes et la Révolution » !
Oui, Ils ont sacrifié et les Femmes et la Révolution.
Qu’est ce qui empêche le législateur d’aujourd’hui d’abroger le Code de la famille et de lever les réserves à la CEDAW (Commission d’élimination des discriminations à l’égard des femmes) ?
Qu’est ce qui empêche les Algériens et les Algériennes de vivre avec l’éthique moderne de la démocratie, de l’égalité et des droits de la personne humaine.
Quelle culpabilité veut nous faire porter ce pouvoir ?
Devons-nous porter la culpabilité de ne pas avoir réussir à transformer la société algérienne malgré ce socialisme spécifique et de passer de plein pied vers la modernité ? 
Avons-nous culpabilisé de nous déclarer progressiste et laïque de peur d’avoir le « marquage communautaire » de  mécréants, d’athées ou avions-nous la naïveté de croire qu’il y avait une hiérarchie dans les luttes ?
Ainsi formulée, ces questions d’apparence anodine sont révélatrices de notre capacité à réfléchir à agir pour que l’Algérie du XXIème siècle ne continue pas à régresser idéologiquement.
En tant que démocrate, militante féministe laïque, j’ai certainement pensé que le développement socio-économique allait charrier tous les attributs de la modernité. Que la société algérienne allait se transformer grâce au développement économique. En construisant une société de justice sociale, nous rattraperions le retard et cela contribuerait à l’évolution des mentalités. 
La justice sociale n’est-ce pas le but du socialisme ?
Premier constat : Peut-être avons-nous oublié que la transformation de la société pour passer de plein pied de la modernité vers la modernisation doit marcher sur ses deux pieds. Il y a eu confusion entre modernisation et modernité. Le développement est indivisible, il lui fallait ses deux pieds pour marcher et maintenir son équilibre – le social et le sociétale – en oubliant le social on a perdu le sociétal.
Second constat : Comment pouvions-nous contribuer à cette construction politique, économique et sociale autour du Parti unique ?
« Se libérer par le travail, la culture et l’instruction », a écrit Fadéla M’RABET
L’enseignement : l’école est le lieu fondamental de l’apprentissage des fondamentaux, de la raison, de la rationalité, de l’esprit critique, scientifique et démocratique. Elle est devenue l’école du fondamentalisme et de l’endoctrinement religieux, du discours de haine à travers un système scolaire fondé sur l’apprentissage du «par cœur» et «l’imitation servile».
La culture : espace de création, de liberté d’expression, de libre circulation et d’ouverture d’esprit est bloquée par la mainmise du pouvoir sur la pensée et l’islamisation des esprits.
Le travail : Facteur d’autonomie et d’émancipation, les femmes participent activement à l’entretien, au bien-être de la famille et au développement économique et social du pays. Toutefois, l’Etat algérien confond toujours modernisme et modernité.
La morale «prétendument religieuse » n’a jamais été aussi bien entretenue. Au nom de cette « morale religieuse » des couples sont arbitrairement contrôlés par les policiers, des prêches incitent à des descentes punitives envers des femmes qu’on qualifie de mauvaises mœurs  parce qu’elles travaillent et vivent seules….En 2001 et 2002, ce fut le cas à OURGLA, HASSI MESSAOUD et TEBESSA.
Quel avenir offre à ses citoyennes et ses citoyens ce pouvoir au nom de la concorde civile, de la réconciliation nationale ? Il blanchit les terroristes, leur accorde des privilèges (indemnité, travail, impunité…), ceux et celles qui osent parler du terrorisme sont sanctionnées. Ce pouvoir organise l’amnésie de la société par rapport à 150 000 morts. Les Algériens et Algériennes assistent à l’arrivée des Islamistes dans les instances du pouvoir, à la réislamisation des institutions et des esprits avec la propagation d’une doctrine religieuse qui fait de l’inégalité des sexes son fonds de commerce. Il les a fait passer de l’Islam populaire à l’Islam populiste !
Quel avenir doit offrir le pouvoir en place aux Algériennes ? Les droits des femmes ne sont pas une partie cessible des droits humains. Elles demandent à vivre dans la dignité et l’égalité des droits ; en finir avec la « HOGRA ». 
Aujourd’hui, l’authentique acte politique et de modernité de l’Etat algérien serait l’abrogation du Code de la famille et la levée des réserves sur la Convention d’élimination des discriminations à l’égard des femmes. 
La laïcité n’est pas une utopie. J’ai espoir de voir converger notre combat, nos forces pour que la laïcité émerge, de plus en plus, dans les esprits, en Algérie, votre intérêt et votre présence le prouve.
Je suis optimiste de nature. L’espérance iranienne, cette société qui se bat et remet en cause les 30 ans d’existence d’un Etat théocratique le confirme. Que disent les Iraniens et les Iraniennes : « il faut que les mollahs quittent les tribunes et retournent dans leurs mosquées. Qu’ils laissent les citoyens faire la politique » !
 
Communication de Madame Soad BABA AISSA
Journées sur la Laïcité organisées par le Parti de la Laïcité et la Démocratie (PLD)
les 5 et 6 mars 2010 à Alger, à l’occasion de la commémoration du Centenaire de la journée internationale des droits des femmes (8mars).
Soad BABA AISSA est Militante féministe laïque et membre de l’Initiative Féministe Européenne (IFE).
 
 
 
 
 
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